30 000 euros pour les soignants des personnes âgées à domicile sur le Grand Est

Les ainés ont payé un lourd tribut à la pandémie Covid 19. A leurs côtés les associations d’aide et de soins à domicile ont géré en priorité absolue le maintien des soins pour les personnes âgées les plus isolées, malades et handicapées. Parce que les professionnels savent combien leur mission au domicile des plus fragiles est indispensable pour préserver leur santé. C’est une question de vie et de dignité.

La reconnaissance du travail des auxiliaires de vie, soignants et aides à domicile, a toujours été un engagement de la Fondation AGES. Il était naturellement évident de se mobiliser à leurs côtés durant la crise sanitaire.

Grâce à la générosité des donateurs du Fonds de soutien Covid 19 et à la Fondation Alliance-Cairpsa-Carpreca, la Fondation AGES a versé 30 000 euros à six associations du Grand Est, région particulièrement touchée par la pandémie, pour soutenir l’action des soignants au domicile des personnes âgées. Leur mission et la reconnaissance de leur action demeurent plus que jamais essentielles !

C’est grâce à votre engagement que nous pourrons poursuivre notre action. Merci à vous !

Maryvonne Lyazid, Présidente de la Fondation AGES

Soutenons ces autres héros du quotidien !

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Les associations soutenues :

DOMICILE 90 sur le Territoire de Belfort - APAMAD ET APALIB dans le Haut Rhin - ABRAPA dans le Bas Rhin - ADAVIE dans les Vosges - ADAPAH 54 en Meurthe et Moselle – ASIMAT dans l’Aube -

Ces six associations rassemblent 6000 professionnels qui prennent soin chaque jour de près de 50 000 personnes âgées et handicapées sur le territoire Nord Est.

Depuis le début de la crise sanitaire, ils œuvrent coûte que coûte pour rompre l’isolement et maintenir le lien au domicile des personnes les plus isolées et les plus vulnérables.

Leur action a été et reste un relais essentiel des hôpitaux.

Leurs besoins en équipements de protection, masques, surblouses, surchaussures, gants, étaient et restent toujours prioritaires pour assurer leur propre sécurité et celle des personnes accompagnées. La Fondation AGES a contribué à l’achat de ces matériels et au financement des initiatives (formation, plateforme de soutien psychologique, soutien scolaire pour les enfants des soignants…) en faveur des professionnels.


La Brigade Covid de l’ASIMAT

Depuis le 16 mars l’ASIMAT a lancé une Brigade Covid dans le département de l’Aube pour prendre en charge directement chez elles les personnes malades du Covid et ne nécessitant pas d’hospitalisation ou celles susceptibles de développer la maladie. 18 professionnels se sont portés volontaires pour aller au domicile des personnes. Ils ont bénéficié d’équipements et d’une formation spécifiques soutenus par la Fondation AGES. La Brigade a été maintenue pour le déconfinement également pour prendre soin des personnes qui sortent de l’hôpital.

Lewis Sarrasin est aide-soignant et il est volontaire depuis le début de l’épidémie. « Lorsque la Brigade a été créée je ne me suis pas posée de questions. Même si nous n’avions pas d’informations sur la transmission du virus il était hors de question de laisser les personnes isolées. Nous avons été parfois les seules visites pour des personnes confinées dans une chambre. Encore maintenant les familles n’osent pas venir. L’isolement est toujours très fort. »


L’APAMAD et l’APALIB’ sur tous les fronts

L’APAMAD et l’APALIB’ ont pu bénéficier d’une mobilisation rapide des bénévoles du Haut-Rhin qui ont fabriqué plus de 3000 masques en tissus et se sont investis dans le déploiement d’une plateforme du cœur pour appeler plus de 18 000. La Fondation AGES a soutenu la plateforme de soutien psychologique dédiée aux salariés mais aussi aux aidants familiaux confrontés à la maladie, ainsi que la mise en place d’un réseau de soutien scolaire bénévole au profit des enfants des soignants auprès des malades.

Rita Cano, psychologue, accompagne avec ses collègues les professionnelles d’APAMAD et APALIB. « Les professionnelles ont vécu des situations émotionnellement fortes et parfois traumatisantes. Arriver au domicile d’une personne qu’on accompagne depuis plusieurs années et voir partir l’ambulance, c’est un choc. Et elles sont très seules. Sans attendre leur appel, ce qu’elles font rarement, nous allons à leur rencontre. La discussion, individuelle ou en groupe de parole est soutenante. Il est essentiel qu’un autre être humain apporte une présence qui accueille simplement la souffrance. « Etre là » est fondamental. »


L’ADAVIE se mobilise pour que la vie sociale des plus âgées reprenne

Nicolas Gégout est responsable du développement à l’ADAVIE. « L’association était en lien quotidien avec les hôpitaux pour la transmission des informations en temps réel sur les personnes malades. Nous pouvions ainsi adapter nos interventions pour celles qui en avaient le plus besoin. Au début de l’épidémie nos auxiliaires de vie n’étaient pas considérés comme des soignants et donc pas prioritaire pour obtenir des masques. Cela a été une course stressante au jour le jour dans les pharmacies et nos réseaux pour obtenir du matériel. Nous nous sommes organisés au plus proche des aides à domicile pour leur fournir le matériel. Ma maison s’est retrouvée point relais pour les approvisionnements. Maintenant ce sont les surblouses et les gants qui sont plus difficiles à obtenir et coûtent de plus en plus cher. » La Fondation AGES participe à l’achat d’équipements spécifiques tels que celui utilisés dans les transports pour assurer les rendez-vous médicaux mais aussi tout simplement des rendez-vous chez le coiffeur, assurer quelques courses, qui sortent peu à peu les personnes âgées et handicapées de leur isolement.


L’ABRAPA aux côtés de ses salariés

L’Abrapa a particulièrement accompagné ses salariés en les équipant en matériel de protection, en les formant à la connaissance et aux risques du Covid 19 et en créant une plateforme d’écoute psychologique et de solidarité composée de cinq psychologues au service des professionnels pour des moments d’écoute et d’échange individuel. Un ensemble d’initiatives soutenues par la Fondation AGES.

Séverine Elmedaoui, psychologue sur la plateforme d’écoute psychologique et solidaire de l’Abrapa.

« Les professionnels sur le terrain ont tout donné dans un climat d’incertitude et parfois d’angoisse. Mais heureusement avec le temps passé sur le terrain leur mission a aussi pris encore davantage de sens. Il était évident pour nombre d’entre eux que leur place était aux côtés des plus fragiles. Ils ont reçu énormément de reconnaissance de la part des personnes qu’ils accompagnaient. Un rapprochement avec les professionnels de santé dans les hôpitaux s’est opéré. Une belle solidarité au cœur de la crise. Maintenant l’épuisement est un risque alors que les besoins d’intervention sont plus que jamais évidents. La plateforme poursuit son activité aussi pour parer aux contrecoups ! ».


Domicile 90 joue la solidarité

Domicile 90 a mis en place avec d’autres services d’aide à domicile un collectif sur le Territoire de Belfort. Objectif : peser plus lourd, agir en concertation et en coordination pour obtenir les équipements de protection individuels tant attendus au début de la pandémie. L’association a organisé des collectes et des distributions de masques offerts par des collectivités et des entreprises. La Fondation AGES finançant une partie des équipements achetés

Salariés et bénévoles se sont également relayés au téléphone pour garder le contact avec les plus isolés. Et Papot’Âges est né, qui permet de compléter les appels par des visites à domicile en cas de besoin.

Domicile 90 a également remarqué la grande fatigue des aidants depuis le début de la crise et a décidé de lancer le projet Second souffle pour proposer des temps de répit à domicile. Des personnels formés se rendront chez les couples aidants/aidés pour prendre en charge, pendant 3 heures, une fois par semaine, l’aidé afin que l’aidant puisse souffler.



Fondation CAIRPSA CARPRECA


Une bonne nouvelle ! La Fondation AGES est rejointe dans son action en faveur des auxiliaires de vie et soignants en Ehpad et à domicile par la Fondation Alliance-Cairpsa-Carpreca. La Fondation Alliance intervient en Alsace dans le maintien à domicile et la qualité de vie dans les maisons de retraite notamment dans le Haut-Rhin. Elle a débloqué 15 000 euros en faveur du Fonds de soutien Covid 19 et de ces héroïnes du quotidien qui soutiennent les personnes âgées.

Plus que jamais la mobilisation continue pour faciliter l’activité des professionnelles : sécuriser leur mission avec les équipements de protection, leur apporter un soutien matériel et psychologique.


« Notre premier « adversaire » est la peur. Et contre elle il n’y a pas mieux que l’amour ! »


Rita Cano

Rita Cano est psychologue et spécialisée dans le soin des troubles de la personne âgée désorientée. En pleine épidémie de Covid 19, elle accompagne aussi les professionnelles du domicile et en Ehpad sur le Haut Rhin dans le marathon pour la vie dans lequel elles sont engagées.


« Nous sommes désormais entrés dans un nouveau rythme de fonctionnement balisé par les gestes barrières, les protections intégrées aux missions quotidiennes. On se sent protégé par ces repères clairs. La vie va de l’avant malgré tout. Mais à la différence d’un événement avec un début et une fin, le virus est toujours présent avec beaucoup de questions sans réponse. Nous vivons avec des incertitudes, des inquiétudes, et un sentiment d’angoisse sous-jacent, plus ou moins vif selon les personnes.

Notre premier ennemi est notre peur ! Cette émotion nous place en face de nous-même alors que nous avons l’habitude de courir, d’organiser, d’anticiper… Il est important de reconnaitre cette peur sans l’entretenir. D’accepter sans se résigner. Quand on lutte, on prend le risque de renforcer l’ennemi. C’est à chacun de décider de fermer la porte de chez soi aux médias porteurs de nouvelles angoissantes, d’éviter de surfer sur internet avant de s’endormir et de repérer au contraire les choses positives. La joie d’être en vie peut coexister avec les difficultés vécues. Les applaudissements de 20h sont soutenant et distillent de l’amour.

Les professionnelles du domicile et en Ehpad, actives sur le terrain ou confinées, ont vécu des situations émotionnellement fortes et parfois traumatisantes. Arriver au domicile d’une personne qu’on accompagne depuis plusieurs années et voir partir l’ambulance, c’est un choc.


Tout le sens de leur présence est d’être là dans le soin de l’autre, pour la vie, jusqu’au dernier souffle.


L’épidémie rappelle alors l’importance de prendre soin de soi et de ne pas s’oublier. Soutenir ces soignants dans ces moments intenses est aussi le sens de la cellule de soutien psychologique que nous animons avec plusieurs collègues. Sans attendre que les salariés appellent, ce qu’ils font rarement, nous les contactons et nous allons à leur rencontre au téléphone mais également « sur site ». Un échange est proposé individuellement de manière informelle à l’occasion d’une pause, autour d’un café... Un autre temps est celui du groupe de parole. Ces professionnelles, et notamment celles du domicile, sont très seules. Le débriefing permet à chacun de découvrir d’autres situations, d’autres réactions. L’écoute et l’échange authentiques, sans jugement et en toute confidentialité sont soutenants.

Ne pas pouvoir accomplir des rites qui accompagnent la fin de vie accentue la détresse. Mais l’être humain a aussi la capacité de trouver d’autres façons de faire le deuil, d’autres chemins sont possibles. Il est alors essentiel qu’un autre être humain apporte une présence qui accueille simplement la souffrance. « Etre là » est fondamental.

Des événements s’imposent à nous mais nous avons toujours le choix dans la manière de les vivre et C’est là que se situe pleinement notre liberté… »




Une autre héroïne du quotidien Sabrina, auxiliaire de vie


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Mélanie, animatrice et messagère au violon


Fil CIDES, édité par Chorum – Groupe Vyv « Derrière les masques, l’ESS en action »

« J’avais fait du violon plus jeune. Je l’ai ressorti du placard… », Mélanie Scherrer avoue presque son idée en s’excusant. Mais quelle belle idée, a-t-on envie de lui rétorquer… La jeune femme est animatrice au sein de l’Ehpad (maison de retraite) de l’Arc à Mulhouse depuis deux ans…. Retrouver le témoignage de Mélanie sur https://www.chorum-cides.fr/actualite/melanie-lanimatrice-devenue-messagere-au-violon/

140 résidents âgés, souffrant de diverses pathologie dont Altzheimer, confinés depuis un mois au cœur de la métropole haut-rhinoise. « Le directeur a d’abord stoppé les visites des familles dès le début de l’épidémie en février. Mais les résidents mangeaient encore ensemble. Depuis le 9 mars, ils ne sortent plus des chambres. »

Bonnes vibrations

Toutes les animations sont annulées, les bénévoles ne rentrent plus dans les locaux et les entrées dans les chambres se font avec masque et blouse. Alors il a fallu innover pour tenter de casser la torpeur qui pèse un peu plus, jour après jour, que ce soit sur les résidents ou les équipes de soin. C’est pour ça que Mélanie a sorti son violon. Postée dans le couloir, elle frotte son archet sur les cordes. « Ce n’est pas comme faire venir des professionnels. Mais je joue des chansons qu’ils aiment bien, l’hymne à l’amour, des chansons alsaciennes aussi », raconte Mélanie. Son violon résonne entre les murs, des portes s’ouvrent pour laisser entrer les notes. D’autres l’interpellent pour lui dire qu’ils écoutent depuis leur lit. « J’aurais pu aussi diffuser de la musique sur CD, mais ce n’est pas la même chose que de sentir la vibration des cordes. C’est du réel. »

Skypépéro

Peut-être inspirée par les Skypéro qui permettent à tout à chacun de remettre un peu de convivialité malgré le confinement, Mélanie a aussi proposé aux familles et aux résidents d’organiser des rencontres « skype ». Les demandes sont rapidement montées en flèche. Rares sont les résidents qui ont un téléphone, encore moins un ordinateur à disposition. La proposition a recueilli un tel succès que le violon ne sort plus de sa boîte. Mélanie garde en permanence son ordinateur portable sous le bras et gère son planning. « C’était l’anniversaire d’une résidente il y a quelques jours. Nous avons pu réunir sur l’écran ses trois enfants et des petits enfants, tous éloignés les uns des autres pour fêter ça. Une grand-mère a passé une heure à discuter avec sa petite fille… ». Mélanie est devenue experte pour installer les logiciels, ou les applications, créer les comptes… des familles organisent maintenant des groupes sur telle ou telle appli… « Cette période nous aide à revenir à l’essentiel, estime Mélanie, et d’un coup les familles constatent qu’on peut rompre facilement l’isolement d’avec nos proches. »

Fatigue psychique

Voilà près d’un mois que Mélanie vit à ce régime. « Je sens une fatigue psychique. J’ai du mal à dormir et je récupère mal. On s’inquiète de tout risque d’infection des résidents. Il y a cette idée que nous sommes en mission. » La mortalité au sein des Ehpad due au Covid-19 accentue le poids émotionnel pour les salariés. « Heureusement, nous avons dans nos établissements, des médecins régulateurs qui viennent de l’hospitalier et peuvent accompagner les équipes », rassure Matthieu Domas, le directeur général du Réseau APA, dont fait partie l’Ehpad. La médiatisation de l’oubli de ces décès par les pouvoir publics a amplifié les inquiétudes, notamment parmi les familles. D’où le choix du Réseau APA d’ouvrir l’accès à la cellule psychologique du groupe aux proches des résidents.

Nouvelle habitude

A la maison, le stress professionnel peine à s’éloigner de Mélanie. Douche et lessive au retour de la journée de travail sont devenues systématiques. Mélanie parvient tout de même à préserver des instants familiaux : « on la chance d’avoir une maison avec un petit jardin. Avec le beau temps, ça fait vraiment du bien… »

Et quand le quotidien aura repris son cours, il est fort probable que l’activité « Skype » devienne un must à l’Ehpad de l’Arc.




Un quotidien sur le fil… témoignage….


Fil CIDES, édité par Chorum – Groupe Vyv « Derrière les masques, l’ESS en action »

Auxiliaire de vie à domicile, Sabah ne compte plus ses heures depuis le début de la crise sanitaire, elle a assuré le lever et la toilette de cinq personnes. « Nous avons priorisé les bénéficiaires qui ne peuvent se lever et se nourrir seuls car la moitié des auxiliaires doivent s’occuper de leurs enfants ou sont malades. La cadence a augmenté et il n’y a plus d’intervention légère. Sans compter qu’il faut respecter les gestes barrières. Nous portons des masques, des gants, mais quand vous faites la toilette d’une personne c’est plus compliqué … ». Sabah part préparer une personne pour sa dialyse avant d’enchaîner trois ou quatre interventions pour le repas de midi. « Ah ! Et je dois aussi passer chez une dame de 75 ans. Elle est malade, seule et très stressée. Je viens juste pour la rassurer, lui expliquer ce qui se passe… »

Et de retour à la maison, ça continue… Sabah retrouve son mari qui travaille de nuit et son fils de 12 ans. Le repas c’est chacun dans sa chambre ! « J’ai peur pour eux, qu’ils soient malades à cause de moi. Et quand je rentre, C’est d’abord la lessive, les chaussures sur le balcon et la douche … »

Heureusement la solidarité joue à plein entre collègues. « On s’appelle tous les jours entre nous, on se donne du courage pour tenir. Et la direction a mis en place une cellule d’écoute psychologique qu’on peut appeler de manière anonyme. J’ai une collègue qui a appelé hier, elle avait peur de craquer. »


Mot de la Présidente


« Sauvegardons l’humanité de tous ! »

Les premières annonces de mesures de confinement rallongé pour les personnes de plus de 70 ans ont créé du remous. Et ont mis en lumière les tiraillements cruels et injustes vécus par les plus âgés au quotidien lorsque liberté et libre arbitre cèdent le pas à la sécurité. Depuis le début de l’épidémie le socle de notre vie humaine, c’est-à-dire le lien avec les autres, l’attention lors de la fin de vie, est singulièrement mis à mal alors que les professionnels du soin et de l’accompagnement témoignent d’un engagement sans faille. Quelle société se dessine-t-elle lorsque les situations vécues par toute une partie de la population (15 millions de personnes de 60 ans et + et 1,4 millions de 85 ans et +) interpellent notre humanité même ?

Au cœur de l’urgence sanitaire, il est bien évidemment indispensable de sécuriser l’activité des professionnels et de protéger les plus âgées et fragiles. Le soin aux corps malades est la priorité.

Mais il est sans doute temps et tout aussi nécessaire de porter attention à l’esprit, celui qui glisse dans le confinement et l’isolement et débouche sur une mort symbolique. Il y va de notre humanité !

Ces besoins sont tout aussi urgents à prendre en charge au jour le jour, et nécessitent de la réflexion, des moyens et une attention à déployer rapidement.

Les tablettes sont utiles bien sûr dès maintenant pour apporter dans l’urgence du lien au sein des Ehpad. Mais très rapidement ce sont autant de moyens humains qui devront être mis en œuvre pour favoriser la mobilité, la nutrition, l’animation, les visites, les sorties à l’extérieur parce que rien ne vaut d’être touché par un proche, de ressentir le vent, le soleil. Rien ne pourra remplacer la solidarité, la créativité, l’inventivité des citoyens, des associations, pour nourrir le lien et la joie. C’est justement à ceux-ci que des moyens seront nécessaires. Non pas seulement pour sécuriser mais pour reconnaître une place dans la société aux plus fragiles.

C’est aussi et avant tout la parole des personnes âgées elles-mêmes qu’il convient d’écouter. Les premiers usagers, les premiers « experts », ce sont eux. Apporter des moyens à cette écoute, c’est reconnaître la citoyenneté inhérente des personnes même âgées, même calfeutrées chez elles, dans les résidences, ou en Ehpad.

Il s’agit également d’accorder aux professionnels qui se seront mobilisés contre vents et marées à domicile et en Ehpad leur vraie place, celle indispensable au fonctionnement de notre société. On le voit, la poursuite de leur activité est impérative. Ils auront très vite besoin de soutien à l’instar de ceux déployés après des événements traumatiques, tels que l’animation de groupes de parole, d’analyse des pratiques, la reconnaissance de l’expérience et de l’expertise. Alors que les employeurs se battent chaque jour pour sécuriser les interventions, nos héros du quotidien auront besoin d’être accompagnés pour poursuivre une pratique guidée par l’éthique et du sens. Prêter attention à cela, c’est leur témoigner du respect, reconnaître leur place singulière dans notre société et par là même aux personnes qui bénéficient de leur travail.

Il n’est pas indécent de réfléchir dès à présent à des états généraux contre l’isolement et un accompagnement humain et décent.

L’attention portée aux personnes fragiles et aux professionnels se joue y compris et surtout dans l’accompagnement de la fin de vie. La mort n’aura jamais été aussi présente et pourtant nous ne pouvons plus - pour des raisons sanitaires - accorder toute la bienveillance nécessaire aux personnes disparues et à celles qui restent dans le deuil. Les rites et les processus de deuil se doivent d’être à la hauteur du traumatisme vécu, individuellement et collectivement. Là aussi il serait bon que le respect et l’accompagnement guident la réflexion pour permettre la résilience. Après les traumatismes, les murs, les stèles, ont coutume de participer à l’activation de la mémoire nationale. En introduisant un devoir de mémoire en faveur des personnes âgées décédées dans le silence du confinement des Ehpad c’est du bien que nous faisons à la société toute entière.

-- Maryvonne Lyazid,

Présidente de la Fondation AGES - Alsace Grand Est Seniors -




La Fondation AGES, reconnue d’utilité publique, a été créée par les principaux acteurs du vieillissement sur le Grand Est. Elle est dédiée au bien-être des personnes âgées, de leurs proches aidants et des professionnels de l’accompagnement.

Maryvonne Lyazid, a servi pendant 28 ans le ministère des affaires sociales. Elle a notamment été en charge de la mission de lutte contre les discriminations et la promotion de l’égalité auprès du Défenseur des Droits, responsable de projet de lutte contre l’exclusion sociale au Conseil de l’Europe, directrice adjointe de la Fondation Caisse d’Epargne pour la solidarité. Ses différentes responsabilités associatives l’ont également amenée à s’engager en Afrique subsaharienne

« Prendre soin des autres héros du quotidien à domicile et en Ehpad »

Hier matin elles étaient quelques-unes, auxiliaires de vie et aides à domicile et en Ehpad près de Mulhouse à s’être présentées à 8h dans un hypermarché pour profiter du créneaux horaire alloué aux soignants pour faire des courses. Elles ont été refoulées ; elles ne sont pas soignantes, ni infirmières ni médecins. Et pourtant le soin, elles le vivent et le dispensent au quotidien aux personnes âgées isolées, malades, handicapées ….

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